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Poésies


Les Remparts couverts de Cendres

Avec un genou à terre, je ne veux regarder le château qui se consume ;
Dans les flammes qui chauffent la brume il n'y a plus qu'Elle,
Ses lèvres vermeilles contrastent avec ses parures
Qui se glacent alors au moment où son âme part.
Là-haut, au sommet d'une tour de pierre, seul témoin qui nous lia,
Une figure sombre écoute un cri continu, avec dans sa main un brin de colza

Lorsqu'une pluie torrentielle ruine ce qu'il attisa,
Une silhouette en bas sur son ordre le rallume
Et le foyer reprit de plus belle, on ne sut jamais qui cria.
Ainsi je m'éloigne laissant cet adversaire démentiel
Seul à se morfondre dans la tour qu'il accapare,
Unique vestige d'un palais dont il ne reste même plus les murs.

Je me rappelle avant le désastre, dans la grande salle où se trouvaient les armures,
Pour révoquer un passé avec lequel elle pactisa
Parée de riches dorures, anciennes pour la plupart,
Elle déposait sur le sol une poudre que parfume,
Comme le veux la coutume, le meilleur miel
Récolté dans un champ de camélias

Dans lequel on trouve aussi des magnolias
Et où flotte une vieille vapeur de fierté pure.
Se relevant d'un air las, les cheveux soyeux mais le buste souillé par le fiel,
Elle se rhabillait face à un abîme, dont la vue me traumatisa
Elle guettait de son regard, livide comme un corps qu'on inhume
Le résultat d'une magie qui n'opérait plus, le plus simple des arts.

Se réfugiant dans le donjon, et rassemblant les fragments de nos êtres, épars,
Elle porte une coupe à ses lèvres, dans l'attente qui nous lia
Et sur les remparts, elle défie la mort dans les brumes,
Tandis que d'un oeil aviné, je regarde sa cambrure
Me réfugiant dans le Néant, qui s'étend jusque dans le champ de colza,
Je la contemple se détachant du bleu du ciel.

Mais maintenant, écartant le flot de soufre des fleurs superficielles
Transis par un brouillard qui gèle mon étendard
(Une pièce de tissu, lacérée par l'éclat d'une vie qui se brisa)
Je retourne dans les ruines, sous la tour qui nous lia,
Sous son ombre que ne me voile pas la déchirure
Car dans ce costume dorénavant vide, reste une odeur qui embaume et parfume.

Pourtant c'est Elle, la première qui délia
Lors de son départ, sans aucune parure
Le mimosa autour du chandelier qui se consume.

(il s'agit d'une simili sextine, où les mots en fin de vers restent normalement les mêmes mais dans un ordre différent, selon une certaine logique de permutation. Ici il y a parfois des rimes pour remplacer les mots complets.)

Ce souvenir désuet

Ce souvenir désuet lui rappela à quel point elle était étrangère,
Pourtant à l'abri dans ce passé morcelé.
Sur son visage grêle et son corps frêle luisaient des symboles sinueux et mouchetés,
Sombres sur cet être de lumière.
Ce moment fané, comme la lumière se fane au crépuscule,
Ne peut rejaillir, empli de puissance, même si elle le formule.
Lorsqu'il resurgit, c'est dans les plus tristes périodes de l'existence,
Pour remémorer, un peu, ce passé embrumé ;
Et non pas rafraîchir l'esprit, mais le faire vaciller
Avec ce moment usé.

Près d'elle également vacille le souffle d'une chandelle
Qui ne la réchauffe pas mais éclaire ces symboles,
Le long desquels coulent des larmes fraîches, jusque sur le velours de sa robe,
Qui disparaissent absorbés par ce tissu moiré
Comme si cette demoiselle ne pouvait laisser de traces, où qu'elle veuille aller.
Cette absence la comblait de peine, l'emplissant de chagrin
Mais elle était sans haine envers ceux qui l'avaient ravie
Et avait fait d'elle leur princesse ; déesse des montagnes et de ravins.

Celui qui, avant eux, l'avait promulguée Maîtresse de la Lumière enserrant son Âme
Maintenant regarde les couleurs qui vivent pour la dernière fois,
Dans ce soir embrumé.
Son épée est toute embuée, et ses habits de flammes
Ne le protègent plus du froid qui mord son coeur, son corps et même son baudrier.
Ce souvenir fluet lui rappela à quel point elle était prisonnière,
Pourtant bien admise dans cette étrange société.
Elle ne sais pas que l'instigateur de ce moment révolu
Se trouve tout près d'elle, au-dessus de son palais, de roche et de glace.
Lorsque par l'esprit, elle se déplace...

Rituel de l'Hiver

Alors que maintenant la peur est gravée dans mon coeur,
J'exulte mon désespoir, fin d'un rêve brisé ;
Alors que pour ressentir la joie de cueillir une fleur
Je change mon esprit, autour duquel un léger charme retint ma progression
Dans la forêt, les loups se taisent à son approche
Ma bien-aimée de ses yeux francs les tient en respect.

Pourtant celle-ci ne peut pénétrer mon esprit
Et moi de même, à cette étrangère, je ne veux lui laisser effleurer mon coeur ;
Alors quand le jour approche,
Quittant la clairière emplie de fleurs, celle que j'aime ne peut recouvrer ses esprits,
Et avec un infini respect,
Je lui propose d'essayer de recréer un lien déjà brisé.

Mais les loups, sombres créatures, veulent voir nos cous brisés ;
Ils se proposent d'entraver notre progression,
Alors que déjà ma belle et moi sommes engagés
Et ni la peur, ni la foi en nos voeux ne nous rapproche
Ainsi moi j'effeuille une fleur
Et elle, elle perd l'esprit.

Tenant ses bras clairs et veinés,
Je reçois du centre de son regard un long respect;
Alors je la révère de la tête aux pieds; et la nuque brisée,
le dos courbé, de son sein me rapproche.
À travers l'infamie de la matière, je sens son coeur
Et sa peau est sous mes doigts comme une fleur.

À travers la ferme décantation de ses yeux,
Après le geste de mort donné aux loups qui s'approchent,
Je crains de fuir la bonté de son coeur
et la volonté d'une vie pleinement réalisée, dans le respect
De l'évolution
et de l'estime d'un être que je crois aussi fragile qu'une fleur.

Soudain chaque pétale de la fleur
Pour exprimer sa haine et son irrespect
De la tradition qui se doit d'être protégée et non pas brisée,
Alors dis-je, la corolle s'étend d'une infinité vers la plénitude d'un coeur,
et les fauves attaquent, déchirent, et séparent en menus morceaux
notre étrangeté

Alors c'en est fini de la légère union de nos coeurs
Nous préférons le poids d'une mort,
Et moi la cristallisation de cette fleur.

Le Cercle dans la Clairière lumineuse

À l'orée des bois il n'y a pas que des fées.
J'y vois aussi quelques fois une jeune fille,
Qui vient s'y entraîner à la solitude,
au lieu de décider d'aller plus loin, jaugeant les profondeurs avant d'y tomber.
%avant d'y sombrer ?...

Avant de franchir la protection d'épines de la forêt,
l'égarée hésite à sacrifier la belle robe
qui cache ses chevilles délicates.

Debout dos aux vents les ténèbres l'attendent.

Une petite bise s'enroule à son cou et la belle se demande :
« Mieux vaut-il mourir damnée qu'étranglée ? »
quand un souffle plus insistant la pousse à la damnation.

Parvenue au coeur de ce royaume vert,
une pâle émanation lumineuse l'accueille.

Alors la demoiselle se met à danser, comme une flamme qui vacille,
et avant de s'éteindre elle offre ses larmes à son créateur,
qui l'imagina dans ses propres pleurs à cet endroit exactement.

Alors la jeune fille chanta comme une chimère,
qui sait qu'elle n'est que rêvée, et elle offre à son instigateur
la plus désespérée des pensées.

Qu'il est triste de voir comme la lumière de la lune, de jour, ne peut rivaliser avec celle du soleil. Alors que surpassant mille étoiles elle éclaire, de sa lueur froide et blanche, le corps sans feu aucun de la belle désillusionnée.

Cycle du Tarot

La Roue de Fortune

Bien décidé à ne pas revenir sur ses pas
Le fol avance à vive allure et suis un chemin
Depuis si longtemps abandonné
Qu'il ne sait lui-même si il lui est destiné
Et son obstination n'est pas troublée en vain
Quand se retournant sur les insistance d'un petit chat
Il dévia de sa voie et chuta dans un ravin.

Par une belle matinée du mois d'Août,
Après que la pureté se soit encore à moi dérobée,
Le destin ne m'apparaît plus comme un plaisir si doux
Mais désormais sous la forme d'une grande roue
Qui je le crains veux m'absorber.
Je ne saurais supporter une telle situation;
Rester attaché tandis que ma moitié se débat
Cette fois dans un nuage azoté. Puisque nous ne craignons
ni les regards, ni de recommencer à défaire ce cadenas
qui nous lie, alors rebasculons déjà !

~~ ~~

Le fol a ouvert son baluchon
Assisté par la faim il dévore la pomme qu'il y a dedans
Et de terreur recrache un pépin.
Assailli par le retrait du ciel non plus ardent
Il retire sa cape et soulève son capuchon
Dans un éclat de rire les fées lui voilent sa transformation.

Dans un espace clos mais en perpétuelle extension,
Un flot de sang coule de gorges coupées
Ou plutôt suinte des esprits qui se désolent que rien n'a changé,
Alors que eux-mêmes ont dédaigné leur propre immortalité.
Mais bientôt un nouveau venu fait son apparition,
Entre leurs lèvres ensanglantées il passe sa langue tuméfiée
Et ainsi la Triste Métamorphose donne à tous un baiser
Qu'ils ne peuvent refuser car cela leur fait au moins quelque chose de nouveau
Dans ce bas monde où ils usent leur âme à vouloir la racheter.
Dans un lieu cette fois ouvert, mais ouvert sur quoi ?
une larme perd son temps à sécher
mais pourtant de son intérieur elle recrée sa foi
pour que la démiurge instable à chaque instant voit sa perdition.

L'Empereur

Se retournant de temps en temps sur nos pas,
l'allure oscillant entre l'hésitation et la fuite ;
tenant un bien qui ne sert plus à rien,
ramassant des indices qui sont autant d'appas ;
huit petits points symbolisent le passage du fou et du mien.

Bien assis dans un royaume qui ne laisse pas de place à l'indécision,
Gouvernant avec rigueur, tel Jupiter au panthéon,
Une statue de sentiments sent que sa place est parmi les audacieux,
Pourtant, ténèbres astrales, le chaos se laisse aussi respirer par des narines ambitieuses.

La Tempérance

S'appuyant délicatement contre l'air ambiant
Libre de mouvements alors que la terre attire
Cet ange délicat, son pendant réfléchit durement
Et d'un geste las, se soulève d'un battement bien triste
Ses ailes translucides furent autrefois de plumes
Son aspect libre de toute comparaison, fait peur
Car dans ses beaux yeux gris maintenant, on lit
Que son coeur attend qu'on l'exhume.
Mais un scorpion sur sa main empêche son travail
Fluide est son geste pour s'en débarrasser
Bien que la neutralité soit un bien qui vaille
Le poison fait verser un peu plus la source née
Du geste d'élévation et de refus
Car même l'air se retire pour laisser tomber Asmodée.

Le Soleil

Pointant un entrelacs ciselé
Par ton seul supérieur
Celui-là même qui guide le fou
Qui se perd dans les pièges qu'on lui tend;
Divise-moi, ne fais pas ce que j'attends.
Un fils de lumière se tient sur ta croupe
Tes pas t'élancent loin de l'ombre brune
Projetée par ce qui retient la course de ton cavalier
Attends celui que tu détruis, le serviteur de la lune
Qui te tend une coupe d'ambre
Que ceux qui te domptent font étinceler
Et que moi je me contente de faire glinguer
En pensant que tu m'as abandonné
Depuis lors, je suis resté dans l'ombre de la lune
Me couvrant de sa poussière, il y en a tant.
Tes pas ne choisissent que les bonnes routes,
Trace des repères que je ne saurais déchiffrer
Pour que sans doute je sois éternellement égaré.

À l'abri de l'orage, dans une caverne,
La tremblante demoiselle a calmé sa verve
Elle est transie par le froid et quelques gouttes ornent
Le bas de sa robe, de tissu moiré.
Elle ne sait pas encore qu'un être avec des cornes
gouverne sans dominer, lorsque vient la soirée.
Elle ne sait pas non plus qu'il faudra à son tour qu'elle le serve
Si elle ne veut retrouver le vent, la pluie et la glèbe ;
collante, glissante, salissante et pleine de larves.
À l'abri du vent chaud, caché par les dunes,
Un jeune homme très beau ne veut pas masquer ses larmes
Car de vaporeuses gouttes d'eau disparaissent par le sable
Allongé sans dignité, l'homme fait bien pitié
Assailli par la soif et le soleil, et comme possédé du diable
Il nous apprend que l'attend sa fiancée
Quelque part
Si elle n'est pas déjà occultée par la lune ;
attirante et attisante, séduisante et anéantissant la volonté.
Bien sûr on s'en serait douté,
Ils ne se rejoindront que lorsqu'ils auront trépassé

Le Dieu Gris

Sa tristesse quitte les hommes qui se repurent de leur propre mélancolie
Alors sans espoir et gravement, il détrône la flamme qui ondoie sous sa main
Son calme s'inspire d'un sacrement séculaire
Son geste appelle à l'ennui
Le dieu gris cache la flamme qui est sous sa main
Le dieu triste appelle le crépuscule
Son étoile est voilée, c'est un feu sans chaleur
Et le seul qui l'honore est celui qui se meurt.
Dans la terre aucunement affamée, où cultiver est un acte vain
Le dieu gris étend ses racines et les fleurs de cet arbre
Donneront des fruits poussés à la douceur de la lune.

Un dernier Rituel

Comme voici qu'ici une tresse de fleurs s'abandonne
Sous mes regards amoureux, malgré mes promesses
Je détourne les yeux vers une cascade pleine d'ivresse
Pour ne penser qu'à ce rituel indigne d'un homme

Comme voici que la nature lézarde ces vieilles ruines
Un soleil inquisiteur juge nos rites païens
Au dessus de nuages qui se défont au loin
Pierre après pierre, notre confiance en chacun se mine.

Tu portes ces tresses lumineuses, pleines de graines,
Pleines de vie et qui s'enroulant dangereusement
Dans un abandon confiant, menacent ton cou pâle,
bientôt rouge de peine.

Sur des croyances anciennes, gardées courageusement
Je consacre votre union, tendrement anathème
Et loin de ces nuages me retire rageusement.

Fondement

Dans le blanc paysage de neige, la sombre forêt contraste en imposant ses tons obscurs,
Et parmi les frais cristaux, cette végétation en désordre
ne s'harmonise que par sa froideur
Depuis que tous les vivants l'on quittée
Une seule entité encore ose se réfugier dans cet enchevêtrement végétal
On sait que cette osmose d'un esprit morbide et d'une nature morne s'appelle le Mal
Mais que cette tristesse chantante de mon âme qui les fait revivre est une sorte de volupté
Assis seul dans le noir... parmi ces grands sapins, majestueux dans leur trépas
Leur monotonie est le glas de toute gaieté ; à cause du lac d'eaux troubles au centre d'une clairière
Depuis que la plus belle fille de la contrée s'y soit noyée, obnubilée par l'étrange éclat
de la lune ; dans les soirées d'hiver.

Un Sceptre d'Épines

Sous la lune, palissant, rayonne celui qui s'est égaré,
Parmi les bruyères crépitantes, et entre les feuilles qui s'écartent,
Pour fuir ces pensées qui n'ont jamais déparé,
Lorsqu'elles s'insinuent de nouveau, l'attendant
Au coin d'un pré.
Après avoir bien brillé, une sombre énergie l'investit
S'attachant à chaque espace vide
Alors qu'il ne s'occupe que de sentir la rosée
Qui teintée du parfum lunaire ne se laisse plus supporter
par les fougères
Son règne n'a plus tôt commencé,
Un sceptre d'épine en senestre,
Que le vent frondeur ne vient plus l'assister
Et la nuit s'est levée sur la terre de glace
Dans ce monde enfin calme
Serrant cette branche si fort qu'un mince filet de sang
Vient colorer le cœur de ces roses qui perdirent leur éclat ;
Qui s'en départirent dans leurs larmes, leurs pleurs.
Où la lumière hésite à s'y aventurer...
pour ne pas s'y égarer, pour ne pas déranger.

Le château des neiges sur un rebord du ciel

Soulevant les brumes, apaisant le vent,
l'image de la glace se fond en une autre emplie de lueurs
Le château des neiges sur un rebord du ciel
Hante ceux qui l'an passé l'ont quitté, après ce banquet où un nouveau prince fut désigné
Comblé de l'honneur gracieux de son futur règne.

Derrière des vitres où ne se reflète nul nuage, et où se terre le gel
Le prince triste et las goûte à la belle image de sa fiancée assoupie

Et le soleil dans la glace s'emprisonne
Alors que le vent, redevenu sauvage n'attend plus
Et le sang battant les tempes de la princesse s'empoisonne
Alors que le prince la chérissant ne vit plus

Dans le ciel pâle comme sa peau ou - comme plus tôt à l'aube - azur sombre comme ses yeux
Ils retrouvent leurs torts ceux qui l'ont désignée, ceux qui l'ont frappée
Les ténèbres de ses cheveux de nuit les obscurciront à jamais.

Le Royaume sans Soleil

Le brouillard s'est dissipé
Après avoir recouvert des siècles durant,
de sa douce fraîcheur opaque
Le royaume sans soleil.

Sans un souffle la brume s'est pourtant levée...
La mémoire de ce qui encore la veille donnait vie à tout un peuple
Ne se réveillera qu'avec le retour des brumes de la terre,
Ou le trépas des vapeurs chargées de chaudes lumières.

La brume s'est levée pourtant, sans le vent dans ses rets,
ni la glace sous nos pas.
Ceux-ci se sont déjà dissipés, alors que le royaume était encore
sans soleil, mais qu'il fit mine d'en languir.

Dès lors plus aucun sentiment ne fut vrai, plus aucune âme ne fut là.
Dans le royaume sans chaleur on a cherché la mort de l'hiver
tandis que dans nos cœurs un feu s'est déclaré.

La Tour horrible

La tour horrible, comme un nuage capricieux,
Occulte ma vision en ce soir rageur.
La tour sombre où que je sois
Se dresse devant moi, en pensée et à toute heure.

Qui est sorti chevalier de tels lieux ;
Et représente les noires alliances ;
Alors tombera sous le poids
D'une épée plus lourde, ou transpercé par ma lance.

La tour horrible, comme une haine nauséeuse,
Occulte l'arrivée de la blancheur,
Une grande dame drapée de soies.
Je suis joyeux de la revoir, et pourtant dominé par la peur,

Reconnaissant ces cheveux d'or et cette moue capricieuse ;
Oubliant mes propres qualités, ainsi que ma propre foi,
Elle me rappelle qui dans cette tour fait preuve d'autorité,
Tandis que moi je suis sa loi.

Je me souviens

Deux corbeaux se posent
Sur le toit d'une cathédrale
Au sommet de la flèche aiguë
Tout en haut, près de la croix
Sans remarquer que furent vaincues
Dans les lueurs vespérales
-- et sans la douleur réconfortante
D'un glorieux combat --
Les anciennes croyances
Qui soutenaient l'âme
Et donnaient dignité et sens
À ceux d'ici-bas.

La cathédrale a chassé
Tout ceci et même plus.
Les corbeaux s'envolent alors
Pour retrouver leur maître
Entité qui ne sait plus
Si elle est démiurge ou paria.
Mais ce qui est sûr, c'est qu'à
L'ombre des contreforts et de
La flèche aiguë,
JE ME SOUVIENS.

L'arbre mort

L'arbre mort ; est une ombre
Au milieu de la vallée enneigée,
Illusion crée par la fausse et chaude lumière
Cette ombre n'est pas celle qui nous prend
Lorsque l'on cesse de vivre.

Ainsi fut la Nuit...

Les dernières lueurs du crépuscule s'estompent,
Le ciel s'ouvre à la nuit

Dans la soirée sans étoiles, certains se sont perdus
Ils ont fait un pacte avec leurs peurs
Et ont laissé leurs âmes s'alanguir en de sombres clameurs,
Leurs corps eux-mêmes perclus, laissés gisants et vains,
Ils se sont fondus dans la nuit.

Sans couleur ni lumière elle rayonne de beauté austère
Elle attire à elle tous ceux qui fuient,
Et se ressourcent dans son obscurité seulement éclaicie par la neige

Des torches luisent dans la nuit,
Un cortège où chacun s'éblouit de sa propre lumière
Des pas recouverts par une tempête qui tardera à venir.

La procession reprend ses esprits,
Elle entoure encore les corps prisonniers de la nuit
Et un par un ils reprennent leur fuite
Ne se laissant pas distraire par les douces paroles qu'elle leur tint

Ils ont laissé leurs âmes s'alanguir en de sombres clameurs,
ennivrées par l'apparition du matin morbide
Et se sont relevés pour poursuivre leur chemin.

Ainsi fut la nuit...

Deux âmes

Nos âmes jouant dans les ténèbres des bois
parmi les esprits de l'eau, les navrant de notre présence
Les blessant de nos jeux sombres et maladroits
Pour les faire fuir vers des espaces voilés et glaciaux

Nos âmes aimant l'ombre sur le lac
parmi les esprits végétaux et les proies de l'onde
Scrutant la découpe des arbres dans les brumes
En vue d'en garder un souvenir pour les jours de chaleur

Nos âmes aimant mourir de chagrin
Leurs larmes se mêlant sous un ciel plombé
Nos regards vers la pureté de la neige et les traces de nos pas
La nuit de nouveau recouvre nos espoirs
Encore une fois un jour sans soleil se lève sur cette âme
Et la pousse à quitter ce lac à l'ombre des hauts plateaux.

Tandis que je retourne de mauvaise grâce
Dans l'abri moite de mon manoir

Les esprits des bois, des rivières jouant dans la nuit
déchaînent les grondement du ciel de plomb
Mais à l'aurore tous se recueilleront
Sur le corps sans âme de celle que j'ai tant aimée

Nos âmes séparées des tenèbres de vapeur
Nos âmes découvrent l'opaque blancheur
Nos âmes fuyant dans la brume
Nos âmes redevenues des esprits des bois

Dans la forêt des fées

Dans la forêt des fées se trouve une source,
Elle prend en elle l'éclat du soleil,
et parfois dans ses eaux des fées égarées.
Un arbre a poussé près de cette source,
un arbre robuste et majestueux
L'arbre est entouré d'un cercle de fleurs,
et les fées égarées viennent y danser.

Cette terre fertile, pourtant balayée par le vent,
est née d'une longue absence,
et son développement en réaction
d'un environnement hostile et étranger.

La source a toujours été là, fraîche et scintillante
Et même dans les pires dangers ne s'est jamais tarie.
Elle vivra éternellement, libre et vive,
à nourrir les racines de cet arbre.



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